MAPRIMERENOV' change encore une fois (texte)!

Un Président de la République aujourd’hui décédé à dit il y a un certain nombre d’années : « La maison brûle ». Autrement dit l’urgence climatique imposait déjà à cette époque une politique volontariste d’aide aux particuliers pour la rénovation énergétique des logements, maisons individuelles ou immeubles collectifs. On connaissait déjà depuis les années 70 le Crédit d’Impôts (CITE), transformé il y a quelques années en subvention directe : MAPRIMERENOV. Chaque année ou presque depuis plus de 50 ans, le système a changé, parfois à la marge, souvent au fond. On y a à nouveau droit en 2024 !

Fin des travaux par postes 

Après avoir poussé les travaux par poste (ou mono-geste) puis les bouquets de travaux, c’est-à dire plusieurs postes de travaux, par exemple l’isolation de la toiture et le chauffage ou les fenêtres et l’isolation des sols, il vient d’être annoncé que l’objectif était désormais recentré sur la rénovation énergétique complète des passoires thermiques, autrement dit la rénovation globale des logements les plus énergivores.

Priorité à la rénovation globale

L’enveloppe globale est portée à 5 milliards d’euros en 2024, avec objectif la rénovation énergétique de 200 000 logements. C’est bien mais est-ce réaliste ? Et surtout est-ce suffisant quand il y en a eu 700 000 en… 2022 ? Cherchez l’erreur.

Les primes seront donc réservées uniquement aux rénovations globales et non plus aux « mono-gestes » ou aux bouquets de travaux. La raison : le manque apparent d’efficacité de ces mono-gestes voire des bouquets de travaux peu cohérents comme le remplacement des fenêtres sans isolation des murs dans lesquels elles sont implantées, aboutissant au phénomène de « timbre-poste » sans réelle intérêt.

Doublement du plafond

Les aides, annoncent le Gouvernement, pourront atteindre 90 % des dépenses pour les ménages à revenus très modestes avec un plafond de 70 000 € contre 35 000 € antérieurement.

Trois paliers d'aide en fonction du gain de DPE

Trois paliers sont créés en fonction du gain énergétique, apprécié à partir du niveau de diagnostic, le fameux DPE, Diagnostic de Performance Énergétique, gradué de G à A, soit 7 classes de performance. Les niveaux de subvention, vont désormais dépendre du gain de performance obtenue :
– gain de 1 classe :  jusqu’à 40 000 €
– gain de 3 classes jusqu’à 55 000 €
– gain de 4 classes :jusqu’à 70 000 €

En plus, le remboursement des travaux sera majoré de 10% si un logement classé F ou G (passoire thermique) passe en D, une fois les travaux réalisés.

Tiers de confiance

La notion de « tiers de confiance » agréé par l’État chargé d’accompagner les particuliers dont l’objectif est un gain de 2 classes thermiques. C’est sans doute le remplaçant de Mon Accompagnateur Rénov’ annoncé depuis pas mal de temps et dont on n’a pas vraiment vu la couleur jusqu’à présent.

On notera le maintien de l’ECO-PTZ, l’encouragement des pompes à chaleur et la lutte contre les bouilloires thermiques l’été inspirées de ce qui se fait Outremer.

Conclusion

Que penser de tout cela :
– que l’on change une nouvelle fois un dispositif ;
– que la massification des travaux souhaitée risque de se heurter au mur de la nécessaire formation des entreprises, confrontées à la nécessité d’une globalisation des compétences à laquelle elles ne sont pas préparées et que cela va prendre du temps en période de pénurie de personnel;
– que les moyens d'appréciation de ces compétence reste a renforcer, le RGE (Reconnu Garant de l'Environnement) s'étant révélé insuffisant;
– que le niveau des possibles facturations de plusieurs dizaines de milliers d’euros risque de favoriser l’effet d’aubaine, voire d’attirer les éco-délinquants et les arnaqueurs de tous poils, en l'absence de tout réel contrôle jusqu'à maintenant;
– qu’une rénovation globale coûte extrêmement cher et n’est pas toujours possible techniquement,
qu'elle risque d’exclure les particuliers qui ont déjà fait des rénovations mono-gestes et qui ne pourront pas bénéficier des aides ;
– enfin, paradoxalement, que si aider les ménages les plus défavorisés est socialement excellente et normal, ce n’est pas là que se trouve le plus grand gisement d’économie d’énergie, puisque cette catégorie de bénéficiaires se chauffait peu et qu'elle va même voir ses dépenses d’énergie augmenter à supposer qu’elle puisse supporter le reste à charge.

Enfin, et c’est peut-être le principal risque, le marché de la rénovation énergétique se trouve une nouvelle fois déstabilisé alors que tout le monde a besoin du contraire : la continuité et la stabilité des dispositifs d’aides.

Christian PESSEY
Spécialiste de la construction

Script de l'émission LA MAISON DE CHRISTIAN du 15/10/2024

 

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